Burundi : Corruption, une taxe de plus qui tend à perdurer ?

Alors que l’élargissement de l’assiette fiscale ne cesse d’aller crescendo, la corruption n’est pas en reste. Elle devient de plus en plus comme une obligation fiscale dans les services publics ce qui n’est pas sans conséquences sur l’économie du pays. Pour se rendre compte, une petite culbute dans cette analyse avec notre confrère Lionel Jospin MUGISHA. 

C’est une réalité cousue de fil blanc, la corruption est présente dans toute la vie du Burundi. Les faits sont là et les enquêtes en témoignent. Selon une enquête, la police, la magistrature, et l’Office Burundais des Recettes (OBR) sont considérées corrompus par les plus grandes proportions de la population Burundaise. Pour y voir clair, au sein de l’administration, aucune grille tarifaire n’est respectée. Tout se négocie de bouche-à-oreille.

A titre illustratif, pour avoir un permis de conduire ou un autre document de voyage, en plus des frais de ces documents il faut donner quelque chose aux personnels qui délivrent ces documents. D’ailleurs, il suffit de regarder sur les routes la manière dont les policiers affectés à la circulation routière prennent sans cesse de l’argent à la population. C’est un vol en bonne et due forme.

Tenez, tout le monde sait que dès qu’un policier te siffle, quelle que soit l’infraction, il faut prévoir au moins 5000 BIF. Pour avoir accès au permis de conduire ou passeport il faut prévoir 500 mille BIF et 250 mille BIF respectivement. Certains payaient 10 000 BIF pour avoir leur carte d’identité. « J’ai reçu des contrôleurs venus collecter l’impôt. Mais, après discussions, ils  m’ont exigé de verser un montant forfaitaire dans le compte du Trésor public afin que l’excédent leur revienne sur place. C’est un vol légalisé »raconte Marc, entrepreneur.           

Pourtant,…

Les conséquences sont légions. Là où il y a la corruption, il y a moins d’investissements. Certains individus ne se sentent pas libres de faire des affaires. Les entreprises privées sont déstabilisées par un jeu de corruption qui engendre une concurrence déloyale. Et par ricochet, affaibli l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers et attiser l’inefficacité de la politique de mobilisation des revenus de l’état ce qui ne fait qu’empire l’élargissement de l’assiette fiscale. Or, les entreprises constituent les poumons de l’économie du pays. Elles sont l’un des principaux moteurs de l’innovation, de la création des richesses et de l’emploi.

L’éradication de la corruption, l’urgence absolue

Au regard de ce qui précède, il est urgent de mettre en place une politique pour éradiquer la corruption. La corruption ne fera avancer le pays. En réduisant la corruption liée aux entreprises, le gouvernement permettra de densifier et de solidifier l’écosystème entrepreneurial Burundais. Il s’avère alors primordial de mettre l’accent sur la liberté économique, car l’éradication de la corruption est impossible dans un contexte d’absence de liberté économique. C’est une voie de sortie privilégiée.

Tout en se rappelant des promesses de la Campagne Ndeka Ngerageze, l’État ne devrait pas se limiter à barrer les routes du progrès au cours de cette année. Aussi longtemps que le gouvernement ne tiendra pas compte de la liberté économique, la croissance économique restera un vrai labyrinthe.

A propos de l’Auteur :

Lionel Jospin MUGISHA est en agent de développement. Il est l’analyste en politique public et aussi défenseur de la liberté économique

Burundi : Entre monopole et capitalisme, dans quelle voie faut-il cheminer le secteur agricole ?

Le secteur agricole figure sur la liste des priorités budgétaires 2022-2023 du Burundi, avec une enveloppe de 80 milliards de francs burundais. Cette somme sera principalement affectée à la subvention des engrais organo-mineraux, la production des semences sélectionnés et le repeuplement des cheptels. Plusieurs questions taraudent notre blogueur Guy Marie Eloi sur les stratégies retenues pour améliorer la production agricole ? 

Pendant plus de trente ans, l’agriculture et l’élevage ont été les parents pauvres des investissements nationaux, à tel point que le budget alloué à l’agriculture et l’élevage oscillait entre 5 et 7%. Nonobstant, ce secteur reste jusqu’ici le principal source de revenus au Burundi depuis son indépendance , elle constitue 90% de l’emploi totale et contribue 50% dans le PIB actuellement. En dépit des initiatives visant à réduire les milliers barrières qui empêchent ce secteur à s’épanouir, le chemin reste encore trop long.

En effet, les monopoles et les irrégularités dans la distribution des engrais chimiques et les monopoles dans l’achat et la vente des récoltes par les pouvoirs publics constituent un obstacle de front dans l’accessibilité équitable du marché et la disponibilité des produits agricoles sur le marché au moment opportun, d’où l’instabilité récurrente des prix.

Les défis à relever ?

Les principaux défis souvent rencontrés dans ce domaine est la monopolisation des grands fournisseurs des intrants agricoles indispensables pour la grande production d’une part. L’achat et la distribution des engrais minéraux sont très difficiles. « On est contraint d’utiliser le seul engrais Fomi disponible au Burundi même si sa distribution reste à améliorer », nous raconte Thierry, un cultivateur de Ngozi

Il ajoute que le retard de la distribution des engrais chimiques influence leur niveau de production parce que il arrive que la saison pluvieuse se termine longtemps avant le moment de récolte :  » Le retard de la distribution des engrais induit automatiquement le retard de la plantation, ce qui rapporte ainsi le moment de récolte. Or la pluie peut disparaître dans certaines mesures avant la maturation des plantations, d’où la baisse de la production« , poursuit Thierry.

Parallèlement, le secteur agricole n’est pas libéralisé, le monopole sur l’achat et la vente des récoltes paralyse de plus en plus l’accessibilité des produits sur le marché, ce qui induit la pénurie et l’inflation de certains produits agricoles sur le marché. D’ajouter, les exportations agricoles restent toujours centrées sur un petit nombre de plantes industrielles dont le thé, café et le coton.

Libéralisation du secteur agricole, une solution ?

Pour moderniser l’agriculture au Burundi, les décideurs doivent miser au libéralisation et professionnalisation du secteur. Cela n’impliquerait pas des interférences de l’État dans ce domaine, plutôt une bonne libéralisation du secteur agricole axé sur la libéralisation des intrants, la libéralisation du marché d’écoulement, en jouant sur les prix que le marché fixe lui-même et non pas celui de l’état est très encourageable.

Cela pourrait alors contribuer dans l’amélioration de l’entrepreneuriat rural, fondé principalement sur l’agriculture et l’élevage, ce qui crée les emplois dans le domaine agricole et à la fin du compte la pauvreté, la faim dans les ménages, le chômage élevé qui sévit notre pays seront éradiquer progressivement et porter l’espoir sur la croissance de l’économie nationale. De cette manière le capitalisme agricole peut faciliter l’accessibilité des produits sur les marchés et contenir toute sorte d’inflation par la libéralisation du marché agricole.

Par Guy Marie Eloi Igirubuntu

L’Afrique a besoin de marchés libres, pas de transferts de richesse

Bien que la pauvreté ait été considérablement réduite dans les sociétés industrialisées, elle continue d’attaquer les pays en développement. Environ 689 millions de  personnes , soit environ 9,2 % de la population mondiale, vivent dans une extrême pauvreté, et la plupart d’entre elles se trouvent dans des pays en développement. Cependant, grâce à l’adoption de marchés plus libres, des pays en développement comme la Chine et le Vietnam ont réussi à arrêter la croissance de  la pauvreté .

Un mal préjugé de la philosophie ?

Mais malgré les progrès du capitalisme pour contrecarrer la montée de la pauvreté, certains experts blâment encore  le capitalisme de marché libre  pour l’extrême pauvreté, la faim et les catastrophes environnementales. Pour beaucoup, le capitalisme est un système d’exploitation brutale qui enrichit les riches aux dépens des pauvres. Cependant,  les études  montrent systématiquement que le capitalisme de marché libre est la stratégie la plus efficace pour améliorer la condition humaine et sortir les gens de la pauvreté.

Le capitalisme de libre marché tient ses promesses parce qu’il ne requiert que l’ingéniosité humaine et la liberté de produire sans ingérence du gouvernement. Lorsque les gens peuvent innover sans les inconvénients des réglementations gouvernementales, la création de richesse devient plus facile. De plus, des environnements commerciaux propices à l’entrepreneuriat inciteront davantage de personnes à améliorer leur niveau de vie en créant de nouvelles entreprises.

Plutôt que de dépeindre le capitalisme comme un ennemi du progrès, les experts devraient comprendre que des réglementations inefficaces cultivent la pauvreté dans les pays en développement et que partout où elles ont été démantelées, cela a déclenché une vague d’opportunités productives. L’ économiste AV Chari constate que  les industries  qui ont été retirées de la juridiction de License Raj ont produit une amélioration de la productivité totale des facteurs de 32 % en Inde. Cette amélioration s’explique par la baisse des coûts d’entrée et l’assouplissement des contraintes de capacité.

Sans surprise, la dérogation aux réglementations a permis de consacrer plus de temps et de ressources au développement des entreprises, améliorant ainsi la productivité. De plus, se conformer aux réglementations est souvent coûteux, donc en leur absence, plus de fonds peuvent être déployés dans l’expansion de l’entreprise. Par conséquent, la déréglementation réduit le coût de l’expansion des entreprises en garantissant que les ressources qui auraient été dépensées en raison des mandats gouvernementaux restent dans les coffres de l’entreprise et peuvent financer l’expansion.

Comme la déréglementation, la libéralisation est un autre outil de marché libre qui améliore le niveau de vie dans les pays en développement. Les sentiments protectionnistes sont toujours influents dans le monde en développement, mais protéger les marchés locaux de la concurrence ne parvient pas à élever les pauvres. Les pays qui adoptent la mondialisation sont plus susceptibles de bénéficier du transfert de technologie et d’enregistrer des réductions de la pauvreté. Bien que les importations soient perçues comme négatives, elles doivent être célébrées car les importations bon marché permettent aux personnes pauvres ayant moins de revenus disponibles d’économiser plus d’argent.

Ouverture commerciale comme solution ?

En Afrique, malgré le revirement de certaines politiques économiques rétrogrades, le protectionnisme continue de faire rage, notamment en raison des  retombées économiques  induites par le covid-19.  Une plus grande proportion des pauvres du monde vivent en Afrique subsaharienne (ASS) que partout ailleurs, c’est pourquoi la région devrait être plus sérieuse en matière d’ouverture commerciale que les autres régions. 

Jennifer Mbabazi, Oliver Morrissey et Chris Milner dans l’article « Trade Openness, Trade Costs and Growth: Why Sub-Saharan Africa Performs Poor »,  affirment que compte tenu de ses désavantages naturels, l’ouverture commerciale est particulièrement importante pour l’ASS : Les politiques qui encouragent les exportations et la diversification, et qui réduisent les obstacles à l’ouverture, peuvent stimuler les performances économiques.

Samuel Kwaku Agyei et Godwin Adolf Idan dans « Ouverture commerciale, institutions et croissance inclusive en Afrique subsaharienne »  soulignent  que l’Afrique subsaharienne a régressé dans la réduction des niveaux de pauvreté et que si les tendances actuelles persistent, 90 % de la population mondiale extrêmement pauvre sera résidant dans cette région. Pour éviter cette crise, ils recommandent aux pays d’Afrique subsaharienne de renforcer leurs institutions afin de promouvoir la bonne gouvernance et l’ouverture commerciale.

De même, les économistes déplorent généralement que l’Afrique soit sous-capitalisée ; cependant, la promotion de l’ouverture commerciale  peut faciliter la formation de capital en Afrique. Les biens de grande valeur sont souvent produits dans les pays riches ; par conséquent, les politiques qui permettent l’importation d’intrants étrangers permettent aux pays africains de remonter la chaîne de valeur. Les entrepreneurs africains produiront des produits de meilleure qualité pour les marchés d’exportation et nationaux et, par extension, acquerront plus de fonds pour alimenter une expansion et une accumulation de capital supplémentaires. Mais cela pourrait être un choc pour beaucoup que l’ouverture non seulement favorise la croissance, mais réduit également les inégalités. Dans un document de travail du Fonds monétaire international intitulé « Income Inequality in Small States and the Caribbean: Stylized Facts and Determinants », les auteurs  notent  qu’en attirant les investissements directs étrangers, l’ouverture financière conduit à plus d’emplois et à moins d’inégalités.

Blâmer le capitalisme pour les taux de pauvreté dans les pays en développement est politiquement correct, mais comme la plupart des hypothèses à la mode, cela ne peut pas être vérifié par des données. Les marchés libres ont enrichi le monde industriel, et les pays en développement peuvent facilement rejoindre la ligue des nations riches, s’ils ignorent les élucubrations erronées des intellectuels des pays riches.

Cet article est paru pour la première fois dans Mises Wire en Anglais et a été traduit en français par Institute for Economics and Enteprises.

Par Lipton Matthew : chercheur, analyste commercial et contributeur à mises.org,  The Federalist ,  The Imaginative Conservative ,  Merion West  et  American Thinker 

Burundi : L’économie de marché pourra-elle sauver la population de leur pauvreté ?

Le Burundi est un petit pays d’Afrique centrale orientale dont le taux de pauvreté est supérieur à 60 %. Il est difficile pour de nombreux burundais d’accéder aux produits de première nécessité. Pour les uns, se nourrir est quasi impossible.  Plus de la moitié d’entre eux vivent avec moins de deux dollars par jour. Aussi, la faible croissance économique par rapport à la croissance démographique entraîne une hausse continue du taux de pauvreté, qui a atteint environ 87,1% en 2021, selon la Banque mondial.

Le capitalisme est bon remède pour la pauvreté ?

Les causes de la pauvreté peuvent être cherchées dans plusieurs angles comme nous le lisons dans cette analyse. L’accent est porté sur la catégorisation des causes. Pour les uns, la pauvreté est d’origine externe et pour les autres, interne. Pour nous, le problème n’est pas la question de cause à effet pour le moment. Mais plutôt de savoir la possibilité et le moyen de sortir de la pauvreté.  L’histoire montre que c’est possible de vaincre la pauvreté. Il suffit de tourner les yeux vers,par exemple, les pays comme la Chine et l’Inde. Et plutôt de se demander comment ont-ils possédé pour réussir ?  

Si l’on considère la période historique plus longue, on constate que les tendances actuelles ne sont que la continuation des victoires du capitalisme, économie de marché, dans la lutte contre la pauvreté. La majeure partie de l’histoire de l’humanité a été beaucoup caractérisée par quelques nantis et beaucoup de démunis. Cette situation a lentement commencé à changer avec l’avènement du capitalisme. Ainsi, les gains les plus importants dans la lutte contre la pauvreté ont eu lieu dans les pays qui ont ouvert leurs marchés, la Chine et l’Inde en sont témoins.

Comme l’auteur Steven Horwitz l’a remarqué, « Rien n’a fait plus pour sortir l’humanité de la pauvreté que l’économie de marché».  Regardez, aujourd’hui, dans les pays capitalistes, les pauvres vivent comme des rois, cela grâce à la libération du travail et à la possibilité d’accumuler du capital qui rend ce travail plus productif et enrichit même les plus pauvres. Sous l’impulsion du marché concurrentiel, économie de marché, et de ses signaux de profits et de pertes, les pauvres peuvent entreprendre une activité génératrice du revenu. Et à Steven Horwitz de conclure que « lorsque la recherche du profit et l’innovation sont devenues des comportements acceptables pour la bourgeoisie, la corne d’abondance a produit sa générosité, et même les plus pauvres ont partagé cette richesse ». Les inventions ne deviennent des innovations que lorsque les institutions adéquates existent pour qu’elles améliorent la vie des masses populaires, la population. C’est ce que le capitalisme a fait et continue de faire chaque jour. Et c’est pourquoi le capitalisme a été si bon pour les pauvres.

Est-il un bon modèle à suivre…. ?

Comme aussi l’auteur Steven Horwitz continue à le souligner, « une fois que les gens n’ont plus eu besoin de permission pour innover, et que la valeur des nouvelles inventions a été jugée en fonction des améliorations qu’elles apportaient à la vie des masses sous forme de profits et de pertes, les pauvres ont commencé à vivre dans le confort et la dignité. ».

Pour réduire la pauvreté, il est important d’embraser l’économie de marché.  C’est ce modèle qui est le plus important dans la promotion de l’esprit d’entreprise. Le marché libre ou libre-échange en est ingredient.  L’esprit d’entreprise ne peut pas évoluer dans un environnement des interventions étatique excessives.

Ces aspects ne découragent pas seulement l’esprit d’entreprise. Ils bloquent également la compétitivité et l’ouverture commerciale. Ces aspects rendent l’environnement des affaires difficile. Les hommes et femmes d’affaires externes et internes ne voient pas d’opportunités lucratives pour produire ou commercer dans un environnement pareil. Afin de réduire la pauvreté, il est impératif de sauver la liberté économique qui est basée sur le choix personnel, le commerce volontaire et la protection de la propriété privée. Il faut promouvoir le capitalisme conscient, l’économie de marché.

Par Lambert NDUWAYEZU, Fondateur et Directeur Exécutif de l’Institute for Economics and Enterprises

Pour réussir, la ZLECAf doit concerner le libre-échange réel, et non le « libre-échange » géré par le gouvernement

La zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est la plus grande zone de libre-échange au monde en nombre de pays. C’est le projet de libre-échange le plus ambitieux et, compte tenu des tendances démographiques, le plus prometteur au monde. La ZLECAf est très importante pour les économies africaines séparément et pour le développement économique collaboratif et intégré du continent. En cas de succès, il a également des implications importantes pour l’économie mondiale. En tant que tel, la ZLECAf est important. Pas seulement pour les Africains mais pour tout le monde

La ZLECAf a été créée en 2018 et les échanges commerciaux dans le cadre de l’accord ont officiellement commencé le 1er janvier 2021. Je dis officiellement car, curieusement, aucun échange n’a eu lieu dans le cadre de l’accord à ce jour. Plus d’un an plus tard. 

Bien qu’avec les gouvernements, presque tout prenne plus de temps et coûte plus cher qu’autrement, il est déroutant, troublant et peut-être aussi embarrassant que seize mois depuis le début des échanges, aucun échange n’ait eu lieu dans le cadre de la ZLECAf. Surtout si l’on considère que pour sortir des millions de personnes de la pauvreté et stimuler un véritable développement économique à travers le continent, les Africains doivent commercer librement les uns avec les autres à plus grande échelle.

Alors pourquoi le commerce n’a-t-il pas décollé dans le cadre de la ZLECAf ?

Non, ce n’est pas dû aux restrictions covid, à la guerre russo-ukrainienne ou à d’autres facteurs externes. La raison pour laquelle les sociétés africaines postcoloniales commercent à peine entre elles est philosophique. A l’indépendance, au lieu de démanteler les barrières mercantilistes coloniales pour rétablir un commerce libre et sans frontières entre Africains, les dirigeants africains, poussés par la pensée socialiste, ont doublé les régimes coloniaux étatistes et protectionnistes et, dans la plupart des cas, les ont rendus encore plus étatistes et répressifs. C’est essentiellement la raison pour laquelle le commerce intra-africain a été lamentablement faible.

Les systèmes économiques fortement étatiques de l’Afrique

Contrairement aux idées reçues, les économies d’aujourd’hui, du premier au tiers monde, ne sont pas capitalistes de marché libre. Même les États-Unis, le bastion du « capitalisme », ne sont pas une économie de marché. Au lieu de cela, nous, l’humanité, vivons sous des systèmes économiques étatiques de sévérité variable. 

Comme expliqué dans cet article , certains des systèmes les plus étatiques (c’est-à-dire cruels et oppressifs) se trouvent en Afrique. La grande majorité des pays africains sont régulièrement classés comme étant pour la plupart non libres et réprimés dans l’indice de liberté économique de la Heritage Foundation. Deux exceptions rafraîchissantes sont Maurice, qui se classe comme étant principalement libre, et le Botswana, qui se distingue par son succès économique relatif. 

Dans ce contexte de systèmes économiques étatiques répressifs, il ne faut pas s’étonner que, seize mois plus tard, aucun commerce n’ait eu lieu dans le cadre de la ZLECAf. Autrement dit, le commerce n’a pas encore eu lieu en raison du degré suffocant de répression économique et monétaire imposé aux Africains par les gouvernements africains.

Les politiciens et les bureaucrates africains, dont la plupart ont des opinions étatistes/socialistes, hésitent encore à démanteler les nombreuses barrières artificielles qui répriment le commerce entre Africains. Le paradoxe ici est que les politiciens mêmes qui ont ratifié l’accord pour établir un marché unique africain sont les mêmes politiciens qui hésitent à démanteler les barrières artificielles coloniales et postcoloniales qui empêchent les Africains de commercer librement. Il faudra de l’audace et un changement tectonique de la pensée économique pour que le commerce intra-africain décolle et pour que la ZLECAf réussisse : les politiciens africains devront supprimer les nombreuses barrières économiques et monétaires artificielles en place. 

Oui, l’existence de la ZLECAf est une preuve claire et en effet remarquable de l’engagement des dirigeants africains à créer un marché unique africain. Mais à quel point le marché sera-t-il libre ou non ? Je soutiens qu’il doit être véritablement gratuit.

Bien que la ZLECAf soit une étape décisive vers le libre-échange en Afrique, son succès n’est pas garanti en raison de la pensée économique étatiste/socialiste parmi les décideurs africains et de la prévalence de l’anti-marché libre, de l’anti-libre-échange et de l’anti-libre entreprise. croyances du public.

Désormais, le secrétariat de la ZLECAf pourrait engager une grande société de conseil pour analyser pourquoi le commerce n’a toujours pas eu lieu. Le cabinet de conseil proposerait, bien sûr, une pile de graphiques et de chiffres expliquant les nombreuses raisons pour lesquelles il en est ainsi. Cependant, la raison fondamentale est philosophique et se cache à la vue de tous. 

La ZLECAf peut être abordée de deux manières

Les dirigeants politiques africains peuvent aborder la ZLECAf de deux manières : la voie du marché ou la voie étatique.

De manière étatique, les gouvernements jouent le rôle principal dans le contrôle central, le commandement et la régulation de l’activité économique (c’est-à-dire la vie des gens). Telle a été l’approche en Afrique depuis « l’indépendance », qui, de toute évidence, n’a pas réussi à créer des sociétés africaines libres et prospères. 

La voie du marché est le système économique naturel. Les individus existaient bien avant l’émergence du gouvernement ou de l’État. La vie humaine, l’action humaine (rationnelle et déterminée), la coopération humaine, la propriété, et donc les marchés libres, le libre-échange et la libre entreprise sont bien antérieurs à l’État et à toutes les formes de gouvernement. Avec l’approche du marché, les dirigeants africains laisseraient enfin les Africains vivre, se déplacer, produire, innover et commercer librement dans la ZLECAf. 

En revanche, la voie étatique continuerait de réprimer et donc de saper gravement le plein potentiel de la ZLECAf. Les politiciens et les bureaucrates continueraient à détenir le pouvoir sur l’économie (c’est-à-dire la vie des gens). Par conséquent, la corruption, le copinage, la tyrannie, l’injustice, la recherche de rente, le détournement de fonds, le favoritisme, le chômage de masse, l’inflation galopante, la dette écrasante, la fiscalité lourde et la pauvreté généralisée, pour ne citer que quelques problèmes, continueraient probablement comme ils l’ont fait au cours des cinquante dernières années. . Plus tragiquement, le dividende démographique sans précédent de l’Afrique et l’énergie entrepreneuriale des jeunes resteraient largement réprimés et donc gaspillés, comme c’est le cas aujourd’hui. 

La voie du marché est le seul moyen de générer un développement économique généralisé, décentralisé et durable. Le marché libre est le seul système économique durable. C’est aussi le seul système qui garantit que le dividende démographique de l’Afrique devienne une grande bénédiction et non une grande malédiction. En d’autres termes, l’approche axée sur le marché est le seul moyen de garantir que le plein potentiel de la ZLECAf est réalisé. Il n’y a pas de troisième voie. Un système économique peut être dirigé soit par le marché, soit par l’État.

Les Africains doivent à nouveau commercer librement 

Le libre-échange géré par le gouvernement n’est pas du libre-échange. La ZLECAf devrait porter sur le véritable libre-échange. Un seul marché libre africain.

Forbes Afrique pose la question : « La ZLECAf sera-t-il le cœur de l’économie mondiale ? »

La ZLECAf a le potentiel de devenir le cœur de l’économie mondiale. Mais les décideurs africains doivent nécessairement abandonner leurs vues économiques étatistes et socialistes profondément enracinées et adopter les marchés libres, le libre-échange et la libre entreprise. 

Plus important encore, les dirigeants africains doivent adopter l’héritage économique de l’Afrique en matière de marchés libres, de libre-échange et de libre entreprise, car c’est le seul moyen de recréer un commerce africain libre et sans frontières, qui libérerait le continent de son héritage colonial pernicieux et omniprésent, comme l’a expliqué Dr. Steve Davies dans Restoring Trade in Africa: Liberating the Continent from the Colonial Legacy .

Dans « L’humanité du commerce », Frank Chodorov précise :

« Testons les affirmations des « protectionnistes » par une expérience de logique. Si un peuple prospère grâce à la quantité de biens étrangers qu’il n’est pas autorisé à posséder, alors un embargo complet, plutôt qu’une restriction, lui ferait le plus grand bien. Poursuivant ce raisonnement, ne serait-il pas préférable que chaque communauté soit hermétiquement isolée de sa voisine, comme Philadelphie de New York ? Mieux encore, chaque ménage n’aurait-il pas plus sur sa table s’il était contraint de vivre de sa propre production ? Aussi stupide que soit cette reductio ad absurdum, elle n’est pas plus stupide que l’argument « protectionniste » selon lequel une nation s’enrichit de la quantité de biens étrangers qu’elle garde hors de son marché, ou l’argument de la « balance commerciale » selon lequel une nation prospère grâce à l’excédent de ses exportations sur ses importations. »

En effet, il n’y a pas d’arguments convaincants que les protectionnistes peuvent utiliser pour justifier la balkanisation économique en Afrique et la poursuite des nombreuses restrictions tarifaires, non tarifaires et autres restrictions artificielles qui empêchent les Africains de commercer librement.

La plupart des sociétés africaines se situent essentiellement au même niveau de développement économique et de précarité socio-économique. Maintenir les barrières artificielles au commerce entre Africains, ou ne les supprimer que partiellement, est aussi absurde que les Caroliniens du Sud se sentent économiquement menacés par les Caroliniens du Nord et militent pour des barrières commerciales.

Dans son article « L’ZLECAf pourrait-elle recréer les réseaux commerciaux africains perdus ? », note Alexander Jelloian :

« Le colonialisme a provoqué une augmentation des politiques commerciales protectionnistes alors que les puissances européennes ont divisé l’Afrique sans accorder une attention suffisante aux facteurs sociaux, économiques ou géographiques. Les contrôles exercés par les autorités coloniales ont restructuré la vie économique loin des relations commerciales naturelles qui existaient depuis des centaines, voire des milliers d’années. Dans la plupart des États, la situation ne s’est pas améliorée après l’indépendance, car de nombreux nouveaux dirigeants africains ont poursuivi un développement dirigé par l’État et espéraient que la substitution des importations stimulerait la fabrication nationale. L’industrialisation n’a jamais eu lieu de manière substantielle dans la majeure partie du continent. Les gouvernements post-indépendance qui ont poursuivi le socialisme africain ont généralement maintenu à ce jour des tarifs élevés et des contrôles aux frontières, qui continuent d’étouffer la croissance économique. »

Conclusion 

Pour réussir, la ZLECAf doit porter sur le véritable libre-échange et établir un marché unique africain libre Le « libre-échange » géré par le gouvernement n’est pas du libre-échange.

Aborder la ZLECAf avec la pensée économique fortement étatique d’aujourd’hui est une recette pour l’échec complet ou partiel de la ZLECAf, le projet de libre-échange le plus ambitieux et le plus prometteur au monde. Parce que la ZLECAf est très importante pour des raisons qui vont au-delà du libre-échange, il est vital d’assurer son succès. 

Même s’il est difficile d’imaginer que les gouvernements africains abandonnent le contrôle répressif et le pouvoir de commandement qu’ils ont accumulé sur la vie des Africains depuis l’indépendance, il est néanmoins vital que les dirigeants africains abandonnent les concepts étatiques importés et adoptent véritablement l’héritage économique de l’Afrique des marchés libres, le libre-échange et la libre entreprise si la ZLECAf doit réussir à assurer un développement économique continental intégré, décentralisé, élargi et durable. 

Les dirigeants africains actuels et futurs doivent supprimer toutes les restrictions artificielles qui suppriment, répriment et entravent autrement la libre production, l’échange et la consommation de biens et de services en Afrique.

Cet article a été publié initialement en Anglais  par Mises Institute et a été traduit par l’Institute for Economics and Enterprises.

Auteur :

Manuel Tacanho est le fondateur d’Afridom, une start-up bancaire numérique solide basée sur l’argent pour l’Europe et l’Afrique. Il est également un défenseur des marchés libres et de l’argent sain pour le développement économique de l’Afrique.

Capitalisme de copinage vs liberté économique, un vilain couple ? 

Pour se développer, le secteur privé doit nécessairement s’appuyer sur les principes de la liberté économique et de la libre concurrence. Cependant, le capitalisme de copinage vient briser la chaîne de confiance en favorisant une seule partie qui empochent des forts revenus au détriment des concurrents sans aucune règle de compétence observée. Notre blogueur Odyssée Niyonkuru fait immersion dans l’œuvre « Moralité du capitalisme » de Tom G Palmer.

Lorsque les marchés sont libres, chacun est libre d’innover et d’entreprendre pour participer activement dans la concurrence du marché. Cette libéralisation économique stimule alors l’esprit d’entreprendre en augmentation en même temps la disponibilité et la diversification des produits sur le marché. En conséquence, les revenus et l’emploi augmentent, tandis que le chômage et le prix des produits sur le marché ont tendance à diminuer.

 Dans son ouvrage  » Moralité du capitalisme « , Tom G Palmer souligne que « Dans de nombreux pays, si quelqu’un est riche, il y a de fortes chances qu’il (plus rarement elle) détienne le pouvoir politique ou soit un proche parent, ami, ou un partisan, en un mot, un « copain » de ceux qui détiennent le pouvoir, et que la richesse de cette personne est venue, non pas du fait d’être un producteur de marchandises générant une valeur, mais du fait de jouir des privilèges que l’État  conférer à certains au détriment des autres ».

Quel est le meilleur choix pour le Burundi ?

Tant qu’une économie fonctionne en capitalisme de copinage, aucune croissance économique forte et durable, aucune politique de lutte contre les inégalités sociales et aucun accroissement des investissements privés et des emplois ne pourraient voir le jour.  Car dans un tel système, les acteurs privés sont incités, non pas à créer de la valeur par l’innovation, la concurrence et l’amélioration de la productivité, mais à exploiter des relations politiques pour obtenir des monopoles ou des avantages de toutes sortes, exonérations et des privilèges que décrochent certains mais pas d’autres.

Selon Faustin Ndikumana directeur de Parcem :  » Le manque de concurrence dans les marchés publics, la multiplication des monopoles, les tricheries dans les exonérations provoquent une concurrence déloyale gravement nocive au développement du secteur privé. Il faut prendre des mesures fortes pour assainir le secteur des marchés publics et des exonérations. Si non il y a risque de voir se développer au Burundi un capitalisme de copinage comme ça a été dans certains pays.”, explique-t-il.

L’Etat ne devrait pas intervenir dans les affaires privées. Cela pour laisser la libre concurrence qui est un moyen de stimuler l’innovation pour les entreprises, qui met en œuvre des techniques de production les plus efficaces, améliorer la qualité des services offertes et baisser les prix pour les clients mais plutôt favoriser plus que jamais “ le capitalisme de concurrence  » fondé sur l’égalité des chances et l’État solidaire, où le marché récompense véritablement l’initiative, le talent et la prise de risque entrepreneuriale. Ce qui est sûr, la concurrence est susceptible de garantir et de favoriser l’enrichissement du plus grand nombre grâce à la liberté économique.

En gros, comme le disait Walter E. Williams : »Ce dont une nation a besoin, c’est d’une séparation entre les affaires et l’État comme il y a séparation entre l’Eglise et l’État.  Cela signifierait que le capitalisme de connivence et le socialisme de copinage ne pourraient pas survivre « 

A propos de l’Auteur :

 Odyssée Niyonkuru, étudiant à l’Université de Ngozi et blogeur à l’Institute for Economics and Enterprises

Burundi : Marché boursier, une alternative pour stimuler la croissance économique ?

Au Burundi ; le marché des capitaux est encore embryonnaire. Il reste toujours limité au marché monétaire interbancaire ainsi qu’au marché des titres du trésor. Pour stimuler la croissance économique, le pays des tambours devrait s’inspirer de ses homologues de la communauté Est Africaine. Zoom avec notre confrère Odyssé Niyonkuru !

Commençons par la définition. Un marché boursier ou marché des capitaux est un marché financier où se vendent et s’achètent des instruments financiers (actions et obligations), c’est l’une des sources de financement car elle permet aux entreprises privées et publiques, aux collectivités locales et à l’État de se procurer des fonds pour financer leurs investissements en faisant appel aux épargnants ou actionnaires.

Actuellement, le Burundi et le Soudan du Sud sont les seuls membres de l’EAC à ne pas disposer le marché boursier. D’après World Federation of Exchanges, la capitalisation boursière dans du mois de Mai 2022 s’élève à 21,09 Milliards de dollars américains(USD) au Kenya; 6,94 Milliards (USD) en Tanzanie; 3,64 Milliards (USD) au Rwanda et 5.1 milliards (USD) en Ouganda.

Selon les prévisions du gouvernement burundais, la bourse sera exploitée par une société mixte qui aura pour rôle de gérer le marché boursier, d’aider et de contrôler l’achat et la vente des titres, avec le capital de 2 500 000 000 Fbu divisé en 25 000 000 actions d’une valeur nominale de 100 Fbu chacune dont la Banque centrale aura droit à 25% des actions.

Les enjeux et les risques.

Plusieurs paramètres entre en jeux pour maintenir un marché boursier équilibré dans une entreprise. Salon Faustin Ndikumana, de l’ONG Parole et Actions pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités « PARCEM » en sigle, précise que « c’est la cotation qui ouvre les opportunités de mobiliser de l’argent sur le marché boursier. On place de l’argent dans une entreprise performante, ayant une capacité moderne de Gestion et rentable. La cotation d’une entreprise en bourse est très importante afin de s’assurer que celui-ci pourra satisfaire le remboursement des capitaux demandés ».

De surcroît, Il faut savoir qu’acheter une action ne signifie pas nécessairement gagner, il y a des risques qu’on peut perdre car le cours d’une action peut diminuer ou augmenter d’un moment à l’autre, s’ajoutant ainsi à instabilité des cours liée à la variation générale de l’économie et des marchés de liquidité et de crédits comme par exemple la difficulté de trouver une contrepartie pour vendre un instrument financier à un prix raisonnable à un instant donné et défaillance de l’emprunteur.

Que gagnera le Burundi ?

La bourse du Burundi répondra à première nécessité fondamentale de la vie économique dans un système fondé sur la libre entreprise en libéralisant l’accès aux capitaux et l’investissement des capitaux. Cette l’amélioration de l’accès aux capitaux va soutenir un accroissement des activités d’entreprises et favorisera du même coup la création d’emplois durables, ce qui contribuera à la réduction de la pauvreté puisqu’il y aura plus d’investissements et les recettes publiques vont augmenter. Somme toute, le marché boursier s’avère être un levier qui pourrait permettre au Burundi d’attirer des investissements internes mais aussi étrangers pour pallier à la pauvreté chronique qui secoue le pays. Cependant, c’est un projet qui nécessite la touche des experts et des réformes libérales pouvant permettre une libre compétition des actions. De cette manière, le pays de Mwezi pourrait se remettre sur les rails du développement durable.

Par Odyssé Niyonkuru

Les politiciens africains doivent cesser de blâmer les autres pour les problèmes économiques de l’Afrique

Les politiciens africains ont tendance à blâmer les acteurs étrangers ou les facteurs externes pour les problèmes intérieurs. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas propre aux politiciens africains. Partout dans le monde, les dirigeants et les politiciens ne manquent pas une occasion de rejeter la responsabilité des malheurs nationaux sur des boucs émissaires locaux ou étrangers, se protégeant ainsi de leurs propres échecs politiques. 

Chez les politiciens africains, cependant, cette tendance est plus persistante qu’ailleurs. Par exemple, le gouvernement ghanéen a récemment blâmé l’invasion de l’Ukraine par la Russie pour ses difficultés économiques. L’ambassade de Russie au Ghana a répondu, exigeant que les responsables cessent de blâmer la Russie pour la situation économique désastreuse du Ghana et soulignant que les problèmes avaient commencé bien avant la guerre russo-ukrainienne et avant la Covid-19. 

Échec économique et jeu du blâme 

Les Africains ont souffert sous le système cruel, oppressif et déshumanisant de l’impérialisme occidental, et le contrôle occidental sur l’Afrique ne s’est pas terminé avec la décolonisation, les pays africains vivant dans le contexte de la domination néocoloniale. La plupart des coups d’État et des cas d’instabilité politique sur le continent depuis les années 1960 portent des empreintes occidentales. 

Par exemple, le premier coup d’État en Afrique a eu lieu en 1961 avec le renversement puis l’assassinat du Premier ministre démocratiquement élu Patrice Lumumba, héros de l’indépendance congolaise. Crime entièrement orchestré par les États-Unis, la Belgique et la Grande-Bretagne, l’assassinat de Lumumba est  considéré comme l’un des assassinats les plus importants du XXe siècle. Son assassinat a précipité une série d’événements (par exemple, la dictature parrainée par l’Occident de Mobutu Sese Seko) et des conflits régionaux (par exemple, la guerre mondiale en Afrique ) qui ont entraîné une crise humanitaire majeure et la mort de plus de 5,4 millions de personnes – le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale. Plus une ruine sociale et économique incalculable.

L’assassinat de Lumumba a été le coup le plus paralysant que l’Occident ait infligé à l’Afrique postcoloniale, et il a tellement paralysé le Congo qu’il ne peut toujours pas tenir bon sur ses propres pieds. De même, le renversement du gouvernement du Dr Kwame Nkrumah en 1966 a été ourdi par la CIA .

Avance rapide jusqu’à aujourd’hui, lorsque  des officiers militaires formés en Occident organisent encore des coups d’État , créant une instabilité supplémentaire en Afrique. C’est une culture que l’Occident a contribué à créer et qui enferme les sociétés africaines dans la tyrannie, l’instabilité et donc la pauvreté. Ainsi, l’Occident est, directement ou indirectement, responsable de l’instabilité politique et des conflits qui sévissent sur le continent depuis son « indépendance ». 

Alors que les injustices faites à l’Afrique ne peuvent pas être réparées, les politiciens et les bureaucrates africains jouent le jeu du blâme là où cela est injustifié et ne prennent pas la responsabilité de la situation économique désastreuse actuelle sur le continent. L’Afrique n’a pas réussi à se développer non seulement à cause de ce que les régimes occidentaux ont fait, mais aussi

à cause des systèmes économiques étatiques mis en place à travers le continent. Comme presque tout, l’échec de la tentative de développement menée par le gouvernement de l’Afrique doit être examiné dans son contexte.

Le regretté économiste et historien économique George Ayittey dans How Socialism Destroyed Africa  a expliqué : 

« Après les indépendances, la première génération de dirigeants africains a lancé un assaut frontal contre ce qu’ils perçoivent comme des institutions occidentales. Kwame Nkrumah du Ghana, par exemple, a rejeté la démocratie comme un « dogme impérialiste » tandis que d’autres l’ont rejetée comme « un luxe que l’Afrique ne pouvait pas se permettre ». Le capitalisme a été rejeté en tant qu’idéologie coloniale occidentale dans une erreur syllogistique monumentale. Le colonialisme était mauvais et puisque les colonialistes étaient des capitalistes, c’était aussi mauvais. Le socialisme, l’antithèse du capitalisme, a été adopté par presque tous les dirigeants africains et a été préconisé comme la seule voie vers la prospérité de l’Afrique. Nkrumah a supposé que « la transformation socialiste éliminerait complètement la structure coloniale de notre économie. En outre, Nkrumah pensait que « le capitalisme est trop compliqué pour un État nouvellement indépendant, d’où la nécessité d’une société socialiste »

Aujourd’hui, le vernis du développement économique ne peut plus être maintenu. Les différentes crises qui éclatent simultanément aux niveaux local et mondial ont révélé le fait que le développement mené par l’État a largement échoué. La prospérité économique, cinquante ans après l’indépendance, est presque inexistante sur le continent. Le système économique fortement étatique imposé dans une grande partie de l’Afrique (y compris l’Afrique du Nord) n’a pas créé de sociétés africaines libres et prospères. Étant donné que bon nombre de ces systèmes étatiques défaillants ont été développés par des intellectuels africains qui ont été nourris de doctrines socialistes dans les universités occidentales, nous assistons à un colonialisme pervers dans lequel les programmes mêmes conçus pour aider l’Afrique ont plutôt créé la pauvreté et la ruine.

L’aide systémique (prêts et subventions), un concept économique étatiste, a non seulement échoué  mais a également aggravé la pauvreté , comme l’explique l’économiste zambien Dr. Dambisa Moyo, auteur de Dead Aid : Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Afrique (2010). L’aide systémique a enfermé l’Afrique dans la dette et a contribué à perpétuer un cercle vicieux de tyrannie, de dépendance et de pauvreté.

Bien que la vérité sur l’Afrique postcoloniale puisse être troublante, en tant qu’Africains, nous devons néanmoins y faire face pour pouvoir changer de cap – si ce que nous voulons, ce sont des sociétés africaines libres, prospères et dignes. Pour cela, les politiciens africains doivent abandonner le jeu du blâme et aussi cesser de suivre dogmatiquement les modèles économiques socialistes étrangers. Nous devrions réaliser et admettre que les sociétés africaines n’ont pas réussi à se développer non pas tant à cause de l’ingérence malveillante de l’Occident, mais principalement à cause des systèmes économiques socialistes et étatiques que nos dirigeants, qui promettent la liberté mais qui livrent l’oppression, ont mis en place. 

Prendre la responsabilité de changer de cap 

Blâmer les acteurs étrangers et les facteurs externes (par exemple, le Covid-19 et la guerre russo-ukrainienne) pour les malheurs économiques d’aujourd’hui ne nous fera aucun bien. Admettant que l’approche de développement économique menée par l’État a échoué et a laissé la plupart des sociétés africaines dans une situation économique très précaire caractérisée par une inflation élevée, une dette élevée, une fiscalité élevée, une forte dépendance, une pauvreté persistante, une insécurité alimentaire, un chômage massif des jeunes, une faible croissance économique,  » et le mécontentement populaire sera un bon début. 

Comment ? Elle nous oblige à repenser le modèle économique actuel. Nous devons adopter une approche fondamentalement différente puisque le système étatique de contrôle gouvernemental et de commandement de l’économie a échoué. De plus, étant donné qu’à travers l’Afrique, la majorité des personnes riches ont un lien passé ou présent direct ou indirect avec l’appareil d’État, on peut dire que les élites dirigeantes africaines et leurs associés se sont déjà très bien débrouillés. 

Le professeur Ayittey a précisé :

« Dans l’Afrique traditionnelle, il n’est pas nécessaire de faire la queue devant le palais d’un chef pour demander l’autorisation de se livrer à un commerce ou à une occupation quelconque. Il y avait des marchés libres, la libre entreprise et le libre-échange en Afrique avant l’arrivée des colonialistes. C’était peut-être la raison la plus singulière pour laquelle le socialisme a lamentablement échoué en Afrique parce que c’est une idéologie étrangère.

Adoptez une pensée économique radicalement différente 

Si nous attendons qu’un sauveur ou le Fonds monétaire international vienne nous dire la vérité sur l’économie (et le développement économique), nous attendrons (et gâcherons le potentiel de l’Afrique) pour toujours. De plus, échapper au néocolonialisme ne doit pas nécessairement nous placer sous le contrôle de la Chine communiste par le biais de la dette. Ni la Chine ni aucune autre entité ne devrait (par respect de soi collectif), et en tout cas ne peut pas, développer nos économies pour nous.

Le système économique actuel, un étrange cocktail d’économie socialiste, protectionniste, mercantiliste et keynésienne  soutenu par un système de monnaie fiduciaire , a détruit les sociétés du monde entier et l’Occident lui-même. La situation au Zimbabwe, au Venezuela, au Liban, au Sri Lanka, en Turquie et dans d’autres pays est un signal d’alarme dont les dirigeants africains devraient tenir compte.

L’économiste et philosophe social Ludwig Von Mises a souligné que « la prospérité économique n’est pas tant un problème matériel ; c’est avant tout un problème intellectuel et moral ». En effet, l’Afrique a tout pour être la plus grande « success story » économique de tous les temps. Mais parce qu’elle est philosophiquement erronée, elle reste largement piégée dans la tyrannie, la dépendance et la pauvreté. Les sociétés africaines deviendront libres, dignes et prospères non pas en continuant à copier des concepts économiques étatistes étrangers (marxistes et keynésiens), mais en s’appuyant sur notre héritage de gouvernance décentralisée, de marchés libres et de libre-échange.

Conclusion

A « l’indépendance », les Africains se sont vus promettre liberté et développement. Ce qui a été livré, à travers une grande partie du continent (y compris l’Afrique du Nord), était diverses formes de systèmes étatiques tyranniques. Certains, dont l’Éthiopie, l’Algérie, l’Angola, le Congo (Brazzaville) et le Mozambique, sont même allés jusqu’à des dictatures totalitaires socialistes de style soviétique.

L’Afrique postcoloniale a connu toute une gamme de systèmes répressifs, cruels et oppressifs. Des régimes marxistes-léninistes, des régimes démocratiques mais dictatoriaux, de nombreuses dictatures militaires, etc. Nommez une forme de régime tyrannique, et l’Afrique postcoloniale l’a probablement vue. Et c’est, en premier lieu, pourquoi l’Afrique n’a pas réussi à se développer et se trouve aujourd’hui dans une situation économique désastreuse. 

Les politiciens africains devraient cesser de blâmer les acteurs étrangers et les facteurs externes pour nos malheurs économiques. Les systèmes économiques étatiques des cinquante dernières années ont lamentablement échoué à créer des sociétés africaines libres et prospères, même s’ils ont été incroyablement bénéfiques pour les élites dirigeantes africaines et les personnes politiquement connectées. 

Si nous voulons des sociétés africaines libres, dignes et prospères, alors nous devons abandonner la pensée économique marxiste-keynésienne-mercantiliste actuelle et construire à partir de l’héritage économique africain de marchés libres, de libre-échange et de libre entreprise. Il est temps de mettre fin à l’oppression des Africains par les Africains. Le contexte de crise actuel est une opportunité pour les dirigeants africains de laisser enfin les Africains être vraiment libres.

Cet article a été initialement publié en Anglais par Mises Institute

Par Manuel Tacanho

Manuel Tacanho est le fondateur d’Afridom, une start-up bancaire numérique solide basée sur l’argent pour l’Europe et l’Afrique. Il est également un défenseur des marchés libres et de l’argent sain pour le développement économique de l’Afrique.

La sortie de l’Afrique du colonialisme monétaire

L’Afrique a été en proie à une inflation galopante et à une instabilité monétaire au cours des cinquante dernières années. Il y a eu de nombreux cas de crises monétaires et de réinitialisations de devises. Même l’hyperinflation, le phénomène économique le plus destructeur, a laissé sa marque ruineuse sur plusieurs sociétés africaines.

Certains diront peut-être que c’est parce que les banques centrales africaines sont incompétentes dans la gestion de leurs devises. D’autres peuvent prétendre, comme le célèbre et infâme ancien gouverneur de la banque centrale du Zimbabwe, Gideon Gono , que l’inflation est « corrélée » aux sécheresses ou à un autre phénomène planétaire. Enfin, des commentateurs plus ignorants peuvent affirmer que l’instabilité monétaire est une caractéristique « normale » des économies en développement. 

Ces points de vue et d’autres similaires sont carrément incorrects. L’Afrique a été affligée par l’instabilité monétaire, l’inflation galopante et même l’hyperinflation en raison des régimes de monnaie fiduciaire imposés par les gouvernements africains sous 48 Commentaires . Un arrangement qui relève du colonialisme monétaire. 

La cause de l’inflation et de l’instabilité économique

L’accord de Bretton Woods de 1944 a établi que le dollar américain devait rester adossé à l’or, ancre de la confiance et de la stabilité monétaires, à 35 dollars l’once, et que toutes les autres devises seraient, à leur tour, liées au dollar. La suspension de la convertibilité des dollars en or était « supposée » être temporaire, comme l’a déclaré le président Richard Nixon en 1971. 

Cependant, en raison de la montée de l’économie keynésienne couplée à l’appétit insatiable des gouvernements à dépenser plus qu’ils ne prélèvent par le biais des impôts, le gouvernement américain s’est retrouvé à émettre, imprimer si vous préférez, plus de dollars qu’il n’avait d’or pour sauvegarder. Ce déséquilibre a conduit des pays clés à exiger le remboursement de certains de leurs avoirs en dollars en or. Alors que la pression pour racheter augmentait, le 15 août 1971, le président Nixon a unilatéralement mis fin au dernier lien du dollar (et donc des monnaies du monde) avec l’or, la forme de monnaie la plus stable. Il a annoncé : 

« J’ai ordonné au secrétaire Connally de suspendre temporairement la convertibilité du dollar en or ou autres avoirs de réserve, sauf dans les montants et conditions déterminés comme étant dans l’intérêt de la stabilité monétaire et des meilleurs intérêts des États-Unis. »

Ce fut la dernière étape d’une longue transition orchestrée par le gouvernement vers une monnaie entièrement fiduciaire qui a commencé avec la Première Guerre mondiale. Essentiellement, le choc fatidique de Nixon est la façon dont nous, l’humanité, avons fini par être enchaînés par des régimes de monnaie fiduciaire. Et l’instabilité, l’inflation et les crises plus fréquentes en résultent. 

Pour le contexte, notez qu’en 1971, les affaires mondiales étaient façonnées par les deux superpuissances de l’époque, les États-Unis à la tête du bloc « capitaliste » et l’Union des Républiques socialistes soviétiques à la tête du bloc communiste. Ainsi, la décolonisation de l’Afrique s’opérait sur fond de guerre froide. Puisque les pays « capitalistes » étaient les colonialistes, de nombreux mouvements de libération africains se sont tournés vers les pays communistes pour obtenir un soutien. Ce qui signifiait aussi alliance idéologique. 

Comme presque tous les régimes étatiques, l’Union soviétique, étant une dictature socialiste, a rejeté la monnaie saine au profit de la fiat. Ainsi, après le choc Nixon, la monnaie fiduciaire est devenue la nouvelle norme en Occident. Pour les pays africains, cela signifiait que, que l’on soit dans le camp « capitaliste » ou dans le bloc communiste, la seule option monétaire était la monnaie fiduciaire – une monnaie inconvertible et sans garantie d’offre illimitée.

Cela dit, les pays africains, bien que politiquement indépendants, restent économiquement et financièrement dépendants de l’Occident et de l’Orient. Cela signifie aussi que les pays africains sont restés philosophiquement (pensée économique) dépendants de l’Occident ou de l’Orient. Ainsi, les pays africains vivent piégés dans des concepts économiques étatistes et inflationnistes importés alimentés par la monnaie fiduciaire.

Lorsque l’URSS s’est effondrée en 1991, les États-Unis sont devenus la seule superpuissance (fiat). Cependant, à cette époque, les cercles universitaires, gouvernementaux et médiatiques de l’Occident « capitaliste » étaient déjà fortement penchés sur l’économie keynésienne/étatiste. Gardez à l’esprit que le président Richard Nixon avait déclaré au début des années 1970 : « Nous sommes tous keynésiens maintenant. De 1991 à nos jours, l’économie dominante est devenue beaucoup plus, et non moins, étatiste. De plus, notez que l’économie étatique et l’inflation monétaire sont éternellement mariées. C’est une raison cruciale pour laquelle les étatistes de toutes tendances préfèrent les systèmes de monnaie fiduciaire. 

Cela signifie donc que 99 % des Africains formés comme économistes en Occident, en Afrique ou ailleurs avant et après 1991 sont des économistes étatistes. Ainsi, partisans de la monnaie fiduciaire et antagoniste de la monnaie saine et de la liberté monétaire. Cela signifie en outre que les dirigeants, les politiciens et les bureaucrates africains ont des opinions économiques étatistes. D’où l’insistance sur le développement économique dirigé par l’État malgré l’échec évident de ce modèle à créer des sociétés africaines développées et prospères au cours des cinquante dernières années.

Tel est le contexte de la pensée économique étatiste et du système monétaire inflationniste dans lequel les pays africains ont acquis « leur indépendance » et ont vécu. En d’autres termes, les sociétés africaines postcoloniales ont été conçues dans le colonialisme monétaire, l’inflation (monétaire/des prix) et, par conséquent, l’instabilité économique.

Pourtant, malgré le chaos monétaire observé en Afrique, plutôt que de concéder au fait que les systèmes de monnaie fiduciaire sont intrinsèquement inflationnistes et peu fiables, comme M. Gono, de nombreux banquiers centraux, économistes étatistes et autres partisans de la monnaie fiduciaire n’hésiteront pas à blâmer le le temps chaud, le temps froid, ceci ou cela pour les conséquences ruineuses du système monétaire chaotique d’aujourd’hui.

L’Afrique sous le Fiat Dollar Standard

Comment les sociétés africaines se sont-elles comportées au cours des cinquante dernières années sous la monnaie fiduciaire et le colonialisme monétaire ? Cela dépend à qui on demande. Cela a été fantastique et très bénéfique pour les élites dirigeantes africaines et leurs associés. Cependant, cela a été un cauchemar d’inflation, d’instabilité et de tyrannie pour le peuple. 

L’Afrique postcoloniale a été embourbée dans l’instabilité monétaire : crises monétaires, dévaluations erratiques, fluctuations déstabilisatrices, forte inflation, innombrables réinitialisations monétaires et hyperinflations ruineuses (par exemple, l’Angola dans les années 1990, le Zimbabwe dans les années 2000, entre autres). Avant même que l’inflation élevée ne devienne un problème mondial en 2021, de nombreux pays africains étaient déjà hyper inflationnistes. Oui, avant la guerre russo-ukrainienne et la crise du covid. Par exemple, cinq pays africains sont mentionnés dans les économies hyper inflationnistes d’Ernst and Young (mise à jour en avril 2022), dont le Soudan, le Zimbabwe (oui, encore une fois), le Soudan du Sud, l’Éthiopie et l’Angola. La Zambie pourrait également être considérée comme hyper inflationniste. 

Dans le cadre du système fiduciaire actuel, les économies africaines sont restées monétairement déconnectées. Il existe une situation lamentable qui restreint et décourage sévèrement le commerce entre Africains. C’est étrange et contraire à l’ histoire du commerce libre et essentiellement sans frontières de l’Afrique précoloniale . 

Par exemple, si une commerçante nigériane souhaite acheter des fournitures ghanéennes, elle devra d’abord convertir ses cedis en dollars américains, puis en nairas, un processus lourd et coûteux. Il n’y a pas d’échange direct de devises, même entre des voisins immédiats comme le Nigeria et le Cameroun. Angola et République démocratique du Congo. Égypte et Soudan, etc. 

Le système de monnaie fiduciaire géré par le gouvernement a été un cauchemar pour les sociétés africaines avec des conséquences économiques, sociales, culturelles et morales ruineuses. Cependant, la tragédie du fiat en Afrique ne s’arrête pas là. Sous le régime monétaire du franc CFA contrôlé par la France, 14 pays africains restent piégés dans un colonialisme monétaire qui diffère du reste du continent, qui est sous un colonialisme monétaire pas si direct. 

Dans  » Fighting Monetary Colonialism With Open-Source Code « , le militant des droits de l’homme Alex Gladstein a souligné : 

« A l’approche de 1960, la décolonisation semblait inéluctable. L’Europe était unie pour se désengager de l’Afrique après des décennies de déprédations et de pillages parrainés par l’État. Mais les autorités françaises ont réalisé qu’elles pouvaient avoir leur gâteau, et le manger aussi, en cédant le contrôle politique tout en conservant le contrôle monétaire. Cet héritage perdure encore aujourd’hui dans 14 pays qui parlent français et utilisent une monnaie contrôlée par Paris : Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Togo, Bénin, Burkina Faso, Niger, Cameroun, Tchad, Centrafrique, Gabon, Guinée équatoriale, République du Congo et Comores. En 2021, les Français exercent toujours un contrôle monétaire sur plus de 2,5 millions de kilomètres carrés de territoire africain. »

La sortie et l’avenir de l’Afrique

Les dirigeants africains peuvent choisir de :

  1. Continuez à permettre à l’injustice, à la tyrannie et à la ruine causées par la monnaie fiduciaire sous le colonialisme monétaire d’exister ;
  2. Lancer une monnaie africaine unique adossée à l’or ;
  3. Abandonner complètement les lois sur le cours légal et les autres lois monétaires répressives, rétablissant ainsi la liberté monétaire (comme c’était le cas dans les sociétés africaines précoloniales) ;
  4. Créer un cadre juridique et réglementaire pour la crypto-monnaie et les solutions cryptographiques afin de coexister avec la fiat gouvernementale.

Comme plusieurs millions d’Africains qui s’aiment, je dirais que l’option 1 est inacceptable et intolérable. Le colonialisme monétaire doit cesser. 

L’option 2 implique la réalisation d’une vision panafricaine de longue date. Donc, c’est idéal. Cependant, ce serait probablement un processus atrocement bureaucratique et donc long étant donné l’antagonisme féroce de l’establishment politique envers l’argent sain. Outre le fait qu’il s’agit d’un rêve dont rêvent encore la plupart des Africains, cette option est renforcée par le fait que la production d’or artisanale et industrielle augmente en Afrique. Cependant, cette option pourrait inciter l’OTAN à lâcher ses avions terrifiants pour larguer beaucoup de démocratie à travers l’Afrique. 

L’option 3 consiste à supprimer complètement les lois sur le cours légal et les autres lois monétaires répressives. Ainsi, laisser les Africains postcoloniaux jouir de la liberté monétaire comme les Africains précoloniaux vivaient dans la liberté monétaire (c’est-à-dire qu’ils échangeaient librement de l’or, de l’argent, du cuivre, du sel et des cauris, entre autres marchandises, comme de l’argent). 

C’est le moyen le meilleur, le plus rapide et le plus efficace de sortir du colonialisme monétaire. Compte tenu de la prédominance de la pensée économique étatiste, cette approche peut sembler radicale, voire farfelue, du moins du point de vue des politiciens et des bureaucrates. Pourtant, c’est le moyen le plus rapide et le plus efficace de sortir du colonialisme monétaire.

L’option 4 est bureaucratique, coûteuse, toujours répressive et n’établit pas la liberté monétaire, mais pourrait bien être un terrain d’entente compromettant. Les gouvernements africains adopteraient une législation établissant un cadre juridique et réglementaire avec cette approche. Par conséquent, permettre l’utilisation de la crypto-monnaie aux côtés des monnaies fiduciaires. 

Cela se produit déjà. La République centrafricaine a promulgué une législation qui fait exactement cela et établit Bitcoin comme monnaie légale, pour circuler avec le franc CFA d’Afrique centrale. De même, le président tanzanien Samia Suluhu Hassan a ordonné à la banque centrale de préparer le pays aux crypto-monnaies.

L’adoption de la crypto-monnaie en Afrique a été calme mais rapide et furieuse. Cette tendance met en évidence que les Africains, qui sont jeunes, férus de technologie et aspirant au changement, cherchent des moyens d’échapper aux problèmes de la monnaie fiduciaire. L’ Afrique est un précurseur dans l’adoption de la cryptographie, affichant certains des taux d’adoption de la cryptographie les plus élevés au monde , malgré l’antagonisme du gouvernement.

Si les dirigeants africains s’en tiennent à l’option 1, c’est-à-dire à la monnaie fiduciaire et donc à la poursuite du colonialisme monétaire, la nature rendra justice. Les preuves historiques montrent sans équivoque que les régimes de monnaie fiduciaire échouent toujours et inévitablement. La norme du dollar fiduciaire ne résistera pas à l’épreuve du temps. La loi naturelle prévaut sur la loi gouvernementale. 

L’économiste Peter C. Earle a précisé :

« Lorsque Nixon a fermé la fenêtre de l’or, il a promis que la suspension de la convertibilité du dollar était temporaire. Je considère les cinquante dernières années comme un interrègne monétaire : une période au cours de laquelle une expérience globale s’étendant non seulement aux économies mondiales mais à l’ensemble du commerce, de l’université, de la société et de la culture se déroule. L’or reviendra à la prééminence monétaire non pas parce qu’il le peut ou le doit, mais parce qu’il le doit. La suspension temporaire de Nixon sera exactement cela ; non pas parce qu’il l’a dit, mais plutôt parce qu’à un moment donné, il n’y aura plus d’autre voie à suivre. »

Conclusion 

Au cours des cinquante dernières années, l’Afrique a été piégée dans un cauchemar appauvrissant d’inflation galopante, de chaos monétaire et d’instabilité économique. Ce sont des problèmes omniprésents parce que les sociétés africaines vivent sous une répression monétaire soutenue par des régimes de monnaie fiduciaire locaux, qui sont, à leur tour, des dérivés de l’étalon du dollar fiduciaire.

La suspension « temporaire » du lien entre le dollar et l’or par le président Nixon aura cinquante et un ans en août prochain, et de nombreux dommages économiques, sociaux, culturels et moraux ont été causés aux sociétés du monde entier pendant cette période. Bien que pour l’Occident, les États-Unis en particulier, cet arrangement ait été extrêmement « bénéfique » (c’est-à-dire le privilège exorbitant ). 

Comme discuté dans « L’argent : qu’est-ce que c’est ? Plus important encore, pourquoi est-ce ? », l’argent est le bien le plus important de l’économie, sans lequel la société moderne ne peut exister. Les implications de l’argent touchent tous les aspects de la vie humaine. Par conséquent, le type de monnaie qu’une société utilise doit être aussi stable, aussi fiable et aussi incorruptible que possible. 

Un développement économique durable et une prospérité généralisée durable exigent nécessairement une monnaie saine. Ainsi, les dirigeants africains doivent adopter une monnaie saine et mettre fin à la répression monétaire (et économique) si les sociétés africaines veulent devenir libres, stables, pacifiques et prospères. Telle est la sortie de l’Afrique du colonialisme monétaire.

Cet article a été initialement publiée en Anglais sur Mises Institute

Par Manuel Tacanho

Manuel Tacanho est le fondateur d’Afridom, une start-up bancaire numérique solide basée sur l’argent pour l’Europe et l’Afrique. Il est également un défenseur des marchés libres et de l’argent sain pour le développement économique de l’Afrique.

Burundi : L’entrepreneuriat agricole pourrait-il booster l’employabilité des jeunes ?

Au Burundi, le secteur agricole emploie plus de 80% de la population, pratiqué majoritairement par les femmes, ce secteur est une alternative pour faire face au chômage juvénile croissante.

Des chiffres sont là pour nous donner raison. Selon le recensement des jeunes chômeurs diplômés fait en 2020, quatre cents mille jeunes chômeurs diplômés sans emplois ont été recensés au moment où les fonctionnaires de l’Etat avoisinent cent vingt milles. Plus de 93% des jeunes lauréats des universités passent cinq ans avant de trouver le premier emploi sans oublier aussi les jeunes qui ne parviennent pas à continuer leurs études universitaires et qui restent chômeurs. Les jeunes chômeurs sont donc trois fois supérieurs à ceux qui ont un emploi, donc à la capacité d’embauche du pays.

De surcroît, d’après le Centre Diocésain de Communication(CEDICOM) sur la lutte contre le chômage des jeunes au Burundi, le milieu rural comporte 55,4% de chercheurs d’emploi alors qu’en milieu urbain les chiffres de demandeurs d’emplois culminent à 65,4%.

La place de l’agriculture dans le PAEEJ

Le Programme d’autonomisation Economique et d’Emploi des Jeunes Diplômés, PAEEJ vise à soutenir les jeunes à créer leur propre emploi et n’est pas toisé l’état pour la recherche de l’emploi. Aussi des nouvelles banque en faveur des jeunes ont été créés notamment la BIJE (Banque d’Investissement des Jeunes) et le FIGA (Fonds d’Impulsion, de Garantie et d’Accompagnement) qui pourront collaborer avec le PAEEJ pour accompagner les jeunes dans leurs développements personnelles.

Selon Pr Désiré Manirakiza, coordinateur national du PAEEJ, ce dernier est doté d’une enveloppe de 48 milliards FBU pour une période de 4 ans pour soutenir l’entrepreneuriat et la création de l’emploi chez les jeunes frappés de plein fouet de chômage. Selon lui, le PAEEJ développe les 7 domaines : l’agrobusiness, l’industrie, la petite et la moyenne puis l’énergie, les TIC, l’écotourisme, l’eau et l’assainissement, et enfin le transport. Cependant, cette année est dédié à l’agriculture qui aura une enveloppe remarquable.

Comment rectifier le tir ?

selon le Plan National de Développement 2018-2027, l’agriculture contribue à elle seule à hauteur de 39,6 % au PIB du pays, offre 84% d’emplois, fournit 95% de l’offre alimentaire et constitue le principal pourvoyeur de matières premières à l’agro-industrie et de l’emploi à une grande masse de la population.

À mon humble avis, l’Etat devrait libéraliser ce secteur en laissant le choix aux agriculteurs pour cultiver les cultures en fonction des demandes se trouvant sur le marché. Il ne devrait pas aussi s »interférer dans la fixation des prix de n’importe quelle culture car les prix se régulent eux même suivant la loi de l’offre et de la demande.

Dans ce cas, les jeunes seront libres de concevoir des projets agricoles innovants et stimuler l’esprit de la libre entreprise dans l’entrepreneuriat agricole, ce qui pourrait booster les exportations des produits manufacturés et le PIB par ricochet.


Par Guy Marie Eloi IGIRUBUNTU