Au vu de tous les changements survenus ces dix dernières années concernant les femmes, leurs droits et les progrès accomplis, on évoque régulièrement les lois et les réformes politiques. Non pas qu’elles soient sans importance, mais on oublie souvent une autre force, bien moins prestigieuse mais tout aussi puissante, qui a « discrètement » transformé la vie des femmes pour le mieux : le capitalisme et une société libre. Point avec Simon Sarevski, assistant de recherche au Centre autrichien d’économie.
Dans un article précédent, j’expliquais comment la machine à laver, la pilule contraceptive et l’essor de l’économie des services ont permis aux femmes d’améliorer leur vie. Je poursuivrai ici dans la même veine, en évoquant quelques autres inventions auxquelles on n’associe pas spontanément la libération des femmes.
Pour comprendre l’histoire du vélo, il faut remonter à la fin du XIXe siècle, une époque où la mobilité était limitée non par la loi, mais par la technologie et la richesse, ou plutôt par leur absence. Voyager nécessitait un cheval, et un cheval était coûteux et son entretien onéreux. Pour les femmes, les obstacles étaient encore plus importants : les normes sociales et les impératifs de sécurité, dans certaines cultures, exigeaient la présence d’un chaperon, ce qui rendait tout déplacement plus complexe et onéreux. Le vélo a changé la donne et, selon les mots de Susan B. Anthony, pionnière du féminisme, cette simple machine « a fait plus pour l’émancipation des femmes que toute autre chose au monde ».
Pourtant, le vélo n’a pas seulement transformé les transports ; il a aussi discrètement remodelé la mode, la culture et les attentes. Faire du vélo exigeait des vêtements plus confortables que les tenues contraignantes que les femmes portaient quotidiennement. Bientôt, on vit des femmes pédaler en ville dans des robes plus pratiques – un scandale, semble-t-il – alarmant les voix conservatrices de l’époque.
Paradoxalement, bien que certains critiques s’opposaient totalement à la pratique du vélo par les femmes, les objections les plus virulentes portaient sur la « pratique indécente du vélo », considérée comme un facteur de dégradation morale – une expression abrégée pour désigner les vêtements pratiques qui remettaient en question les normes victoriennes.
Aujourd’hui encore, les tâches ménagères prennent du temps. Imaginez maintenant essayer de les accomplir sans les appareils électroménagers modernes à portée de main. Des heures interminables de travaux domestiques répétitifs. Pas de pauses, pas de raccourcis. Bravo ! Vous voilà dans la peau de toutes les femmes de l’histoire – du moins jusqu’à une époque récente. Alors, quelle était la principale forme de « non-liberté » pour les femmes à travers l’histoire, me demanderez-vous ? Le temps, ou plutôt son absence. Puis, le marché est arrivé. J’ai parlé de la machine à laver, mais le réfrigérateur fut lui aussi une invention libératrice non négligeable. De prime abord, lorsque nous pensons aux réfrigérateurs que nous avons chez nous, nous n’imaginons jamais les allers-retours quotidiens qu’il faudrait faire sans lui. De plus, nous ne nous mettons pas à la place des personnes – généralement des femmes – qui se rendaient chaque jour au marché pour acheter de la nourriture.
Bien qu’il ait fallu plus de sept décennies après l’invention du froid mécanique par Carl von Linde en 1873 pour la production industrielle de bière, les femmes se sont réjouies dans les années 1950 lorsque les réfrigérateurs sont devenus un appareil ménager courant. Ce qui avait commencé comme une technologie coûteuse et spécialisée a été progressivement perfectionné, industrialisé et rendu accessible à un usage quotidien.
Bien que l’invention du radar, financée par le gouvernement, ait contribué à celle du four à micro-ondes, c’est par pur hasard que l’on a découvert que l’exposition aux micro-ondes faisait fondre les barres de chocolat. Le four à micro-ondes que nous utilisons encore aujourd’hui n’aurait peut-être jamais vu le jour si Raytheon n’avait pas été autorisé à le breveter.
Pour conclure cette section, parlons du lave-linge. Comme le dit le proverbe, la nécessité est la mère de l’invention, et ce fut le cas pour Joséphine Garis Cochrane. Furieuse que ses domestiques ébrèchent souvent sa vaisselle, elle trouva la solution en 1885 : le lave-vaisselle. Comme souvent, notre gratitude envers Joséphine ne tient pas à sa générosité, mais à son sens des intérêts. Et une fois de plus, le marché et le capitalisme ont porté leurs fruits, tant pour les restaurants que pour les femmes de tous les horizons.
C’est pourquoi j’affirme que la technologie et les marchés n’ont pas seulement aidé les femmes, mais les ont aussi émancipées. Une liberté non pas conférée par des directives étatiques, mais par des entreprises privées en quête de profit. Et de quelle liberté parle-t-on lorsqu’il s’agit d’électroménager ? De temps.
Les marchés n’ont pas besoin de se proclamer mission sociale pour transformer la société. Il leur suffit de trouver et de récompenser des solutions à des problèmes existants. Le vélo, le réfrigérateur ou le lave-vaisselle en sont de parfaits exemples. Dépourvues d’idéologie, ces innovations ont apporté aux femmes ce qui leur manquait historiquement : du temps, de la sécurité et la maîtrise de leur quotidien. En leur simplifiant la vie, elles ont accru leur liberté. La liberté se mesure à l’aune du vécu, bien plus qu’à travers de beaux slogans ou des lois. Ainsi, le véritable libérateur des femmes est le progrès technologique silencieux, rendu possible par la société libre : une libération cumulative plus puissante que n’importe quel manifeste.
Cet article a été piblié initialement par FEE et traduit en français par Institute for Economics and Enterprises






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