Le nouveau document HOBART PAPERS, « HAYEK ON COMPETITION: A liberal antitrust for a digital age? » de Cento Veljanovski, est une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à l’avenir de la concurrence à l’ère du numérique. L’auteur y revisite la pensée de Friedrich Hayek (1899-1992) sur la concurrence et l’antitrust, et en évalue la pertinence face à l’émergence des algorithmes, du Big Data et des plateformes en ligne. – Une Analyse par Lambert Nduwayezu
La Concurrence comme Processus de Découverte et d’Information
Au cœur de la vision hayékienne se trouve la conviction que la concurrence est avant tout un mécanisme dynamique de gestion de l’information imparfaite.
Cento Veljanovski résume l’idée maîtresse :
« La concurrence est un processus de découverte entre entreprises rivales et ne peut s’expliquer que si l’information est imparfaite. » Il s’agit du « moyen le plus efficace de coordonner l’activité économique en diffusant l’information et le savoir détenus par les acteurs du marché dans un monde d’ignorance généralisée et de changement. »
Hayek a rejeté le modèle de la concurrence « parfaite », qu’il considérait comme « l’absence de toutes les activités concurrentielles ». Dans sa perspective, le système de prix agit comme un « système de télécommunications » du marché, transmettant le savoir dispersé.
En outre, la concurrence est intrinsèquement liée à la liberté individuelle :
« Le libéralisme… considère la concurrence comme supérieure non seulement parce que dans la plupart des circonstances c’est la méthode la plus efficace connue, mais parce que c’est la seule méthode qui n’exige pas l’intervention coercitive ou arbitraire de l’autorité. »
Hayek et la politique de concurrence à l’ère numérique
Le document explore comment cette philosophie s’applique aux défis contemporains des « Big Tech ».
Le mythe du « Gros c’est Mal »
Hayek n’était pas opposé à la taille des entreprises. L’étude rappelle que :
« La concurrence ne signifie pas qu’un marché aura beaucoup d’entreprises. Le monopole et l’oligopole peuvent être plus efficaces, fournir des biens moins chers et une plus grande innovation, et seront généralement soumis à des défis constants. »
Hayek rejetait le « mantra ‘gros c’est mal’ » , qui mène selon lui à des « conclusions essentiellement antilibérales tirées de prémisses libérales ». Pour lui, l’élément essentiel est la contestabilité (ou concurrence potentielle). D’ailleurs, comme le cite l’auteur, « la taille devient l’antidote le plus efficace au pouvoir de la taille. »
Un rôle pour l’État
Contrairement à certaines idées reçues, Hayek n’était pas un adepte du laissez-faire absolu. Le document indique clairement :
« Hayek n’était pas un partisan du laissez-faire ou de la liberté contractuelle sans frein. » Il « voyait la nécessité d’une intervention étatique pour favoriser la concurrence, fournir des services et assurer la liberté individuelle. »
La proposition antitrust hayékienne
Pour lutter contre les abus de pouvoir de marché, Hayek proposait une loi de concurrence modeste, mais ciblée :
« Hayek a proposé une loi de concurrence modeste qui interdirait la discrimination par les prix d’exclusion par les monopoles et rendrait les contrats en restriction du commerce inapplicables. » Ces interdictions seraient appliquées par des actions privées, donnant aux victimes le droit de « poursuivre pour ‘dommages multiples’ ».
Conclusion : pertinence pour le numérique
Malgré les avancées en matière de Big Data et de puissance informatique, l’étude soutient que l’approche de Hayek demeure vitale.
« L’accent mis par Hayek sur le traitement de l’information et du savoir devrait rendre son approche pertinente et adaptable aux tendances maintenant expérimentées dans le secteur numérique. »
Le document conclut que les tentatives de démantèlement des « Big Tech » ne sont ni hayékiennes ni schumpétériennes et mettent en péril l’innovation. La véritable politique « Hayékienne » se concentrerait à lever les barrières réglementaires à l’entrée et à assurer une contestabilité maximale. Ce document est une contribution précieuse aux débats actuels sur l’antitrust et la réglementation des plateformes numériques.
A propos de nous :
Institute for Economics and Enterprises est une Think Tank basé au Burundi qui une mission de produire une société basée sur les principes du libre marché, de l’Etat de droit et de la propriété privée.






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