Burundi : Le Paradoxe d’une économie portée par les femmes Burundaises

Burundi : Le Paradoxe d’une économie portée par les femmes Burundaises

Le rapport annuel Economic Freedom of the World (EFW) 2025 a placé le Burundi au 152e rang mondial sur 165 juridictions, le signalant comme l’une des économies les moins libres de la planète. Si ce classement est généralement interprété à travers le prisme de l’interventionnisme gouvernemental et de la faiblesse de l’État de droit, une analyse plus fine révèle que l’absence de pleine liberté économique a des conséquences disproportionnées sur les femmes, qui constituent pourtant la colonne vertébrale de l’économie burundaise. L’autonomisation inachevée de cette majorité active représente l’un des obstacles les plus tenaces à la prospérité du pays. Point avec Lambert Nduwayezu, le fondateur d’Institute for Economics and Enterprises, membre associé du Réseau pour la Liberté Economique

L’importance des femmes dans le tissu économique burundais est incontestable. Elles représentent un taux d’activité impressionnant de 55,2 % de la population active et sont le moteur principal de l’agriculture, qui génère environ 90 % de la production alimentaire nationale. De plus, la majorité des transactions du secteur informel, notamment le commerce transfrontalier (où elles représentent 80 % des acteurs), repose sur leur courage et leur persévérance. Ce sont elles qui assurent la subsistance quotidienne des ménages et qui, malgré des conditions de travail difficiles, maintiennent une part significative de la chaîne d’approvisionnement.

Le nœud du problème : la faille des droits de propriété

La faible note du Burundi dans l’indice EFW est notamment due à sa performance dans le domaine crucial du système juridique et droits de propriété. C’est ici que l’inégalité de genre frappe le plus durement l’économie. La réalité est que, bien que les femmes travaillent la terre toute leur vie et en assurent la productivité, la loi coutumière et certaines pratiques sociales limitent gravement leur droit à posséder ou à hériter de ces terres.

Comme le souligne Aimable Manirakiza, directeur du Think Tank Burundais CDE Great Lakes, il s’agit d’un paradoxe : « Au Burundi, la femme travaille toute sa vie la terre qu’elle ne possède pas et produit ce qu’elle ne contrôle pas ». Cette absence de titre de propriété formel est un frein économique massif. Dans une économie de marché, la propriété foncière est la principale source de garantie pour l’accès au crédit. L’incapacité pour les femmes d’utiliser la terre comme collatéral leur ferme les portes du financement formel, des banques et des institutions de microfinance légitimes. Elles sont alors contraintes de se tourner vers des modes de prêts informels plus risqués, ce qui les expose à l’exploitation et perpétue leur dépendance économique et le cycle de la pauvreté. Ce manque de sécurité des droits de propriété pour une majorité de la population active est un facteur direct de la faible liberté économique globale du pays.

Dépendance économique et barrières culturelles

L’impact des barrières culturelles et structurelles se traduit par une disparité de revenus significative. Malgré leur labeur acharné, l’indice de revenu des femmes reste inférieur à celui des hommes. En milieu urbain, cette dépendance est particulièrement marquée, les femmes étant encore fortement tributaires du revenu masculin.

Cette réalité est d’autant plus difficile que le faible niveau d’alphabétisation d’une grande partie des femmes burundaises, en particulier en zone rurale, limite leur accès à l’information sur leurs droits et aux opportunités de développement. Les entrepreneures, souvent cantonnées au commerce de denrées alimentaires à faible marge, peinent à s’intégrer dans les échanges commerciaux à forte valeur ajoutée qui pourraient générer des revenus plus substantiels et contribuer davantage au PIB national. Le rôle de la femme, bien que vital en termes de main-d’œuvre et de subsistance, est souvent sous-évalué et sous-rémunéré par rapport à celui de l’homme.

Le rapport EFW montre que les pays de ce quartile sont ceux où l’espérance de vie est inférieure de 17 ans et où le taux de pauvreté est 25 fois supérieur à celui des pays les plus libres. Au Burundi, ces chiffres ne peuvent être améliorés sans une libération du potentiel économique des femmes.

Vers l’autonomie : politiques et espoirs de changement

Face à ce défi structurel, des avancées législatives et politiques ont été mises en place, signalant une prise de conscience gouvernementale et internationale de l’urgence d’agir. Le Burundi a élaboré une Politique Nationale Genre et a intégré l’élimination des inégalités liées au genre dans son Programme National de Développement (PND) 2018-2027.

Ces cadres politiques visent à transformer les normes sociales qui limitent l’accès des femmes aux ressources et à la prise de décision. Des initiatives concrètes ont également vu le jour, notamment la création et l’implantation de la Banque des femmes, qui a pour vocation de fournir un appui financier et technique spécifiquement aux entrepreneures, contournant ainsi certaines des difficultés d’accès au crédit formel. Des programmes de soutien aux activités génératrices de revenus (AGR) et des efforts pour accroître la représentation des femmes dans les instances décisionnelles témoignent d’une volonté d’abolir les barrières culturelles et économiques.

En conclusion, la publication du rapport Economic Freedom of the World 2025 offre une opportunité de réaffirmer que la véritable liberté économique pour le Burundi n’est pas seulement une question de réglementation ou de monnaie saine. Elle est intrinsèquement liée à l’égalité de genre. L’accès effectif et sécurisé des femmes aux droits de propriété, au capital et aux opportunités commerciales est le levier le plus puissant dont dispose le pays pour s’extraire des dernières tranches du classement mondial et construire une prospérité plus juste et durable. Les réformes ciblant l’autonomisation des femmes sont, en substance, les réformes les plus cruciales pour la liberté économique de la nation tout entière.

A propos de nous :

Institute for Economics and Enterprises est une Think Tank basé au Burundi qui une mission de produire une société basée sur les principes du libre marché, de l’Etat de droit et de la propriété privée.

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