Le rapport “Women, Economic Freedom, and Prosperity around the World 2025” du Fraser Institute évalue l’état des droits économiques des femmes à l’échelle mondiale. Il met en lumière comment ces droits influencent la liberté économique globale et la prospérité. Quelle est la place du Burundi dans ce rapport ? Y’aurait-il une corrélation entre les données du rapport sur le Burundi et la réalité ? Que pouvons-nous faire pour changer la donne ? Zoom avec notre fondateur Lambert Nduwayezu.
Quid de l’indice.
Un indicateur clé utilisé est l’Indice de Disparité de Genre (GDI – Gender Disparity Index). Cet indice mesure les écarts entre les hommes et les femmes en termes de libertés économiques. Un score GDI plus proche de « 1 » indique une parité plus élevée, tandis qu’un score plus bas signale des disparités importantes au détriment des femmes.
L’étude souligne que la liberté économique des femmes n’est pas seulement une question de droits fondamentaux, mais aussi un moteur essentiel pour le développement économique et la réduction de la pauvreté. Lorsque les femmes peuvent participer pleinement à l’économie, cela bénéficie à l’ensemble de la société.
L’indice de Disparité de Genre au Burundi
Le Burundi, a un score GDI de 0.8235 et a un classement de 120 sur 165 pays. Ce score indique une disparité significative entre les sexes en termes de liberté économique. Nous allons essayer d’élucider les données du rapport et les projetant sur le Burundi suivant trois aspect : Structure économique burundaise et statuts, éducation et opportunités et enfin la participation politique et cadre légal des femmes burundaises
- La structure économique et le rôle des femmes au Burundi
D’abord, selon les données de l’étude (2025 Report, basées sur des données jusqu’à 2022), le score GDI de 0.8235 place le Burundi parmi les pays où la disparité de genre est élevée, ce qui suggère des entraves aux droits économiques des femmes.
De 2023- 2025, la structure de l’économie burundaise est majoritairement rurale, avec plus de 90% de la population dépendant de l’agriculture. Les femmes constituent par exemple environ 55% de la population active et jouent un rôle crucial dans l’agriculture de subsistance et le commerce informel. Cependant, elles sont plus susceptibles que les hommes de travailler dans ces secteurs moins rémunérateurs.
En ce que les droits de propriété dans la même période, le rapport souligne quemalgré l’importance de leur rôle économique, les normes socioculturelles patriarcales persistent. Les hommes sont souvent considérés comme les chefs de famille, propriétaires des biens et des terres, et prennent les décisions majeures concernant le ménage et ses ressources. Seules 56,3% des femmes possédaient un logement seule ou conjointement en 2017, ce qui est comparable à la proportion d’hommes (56,1%), mais des obstacles profonds subsistent en matière de contrôle économique et social.
- Éducation et opportunités économiques des femmes burundaises
Ensuite, pour les données de l’étude, il y a une corrélation entre la liberté économique des femmes et leur bien-être général, y compris des indicateurs comme l’éducation dans les pays mise en avant par l’étude.
Pour le Burundi, bien que l’école primaire soit gratuite depuis 2005, le taux d’achèvement du premier cycle du secondaire pour les filles (32,6% en 2020) est inférieur à celui des garçons (25,2%) et aux moyennes régionales. L’accès à l’éducation supérieure pour les filles reste un défi.
En ce que concerne l’emploi et gestion publique, le taux de participation des femmes à la population active est élevé, soit 79,9% en 2024, contre 77,3% pour les hommes, mais les femmes sont surreprésentées dans l’emploi vulnérable, soit une proportion de 89,8% pour les femmes contre 76,9% pour les hommes en 2023. En 2020, seulement 25,7% des postes de direction et de cadre intermédiaire étaient occupés par des femmes.
- Participation politique et cadre légal pour les femmes burundaises
Enfin, toujours avec les données de l’étude, une plus grande liberté économique est souvent liée à une participation accrue des femmes à la vie publique. Qu’en est-il pour le Burundi donc ?
Depuis la constitution de 2025, le Burundi a pris de l’avant pour augmenter le taux de la représentation des femmes dans la vie politique du pays. Par exemple, le Burundi a fait des progrès en matière de représentation politique des femmes, avec 38,2% des sièges au parlement occupés par des femmes en février 2024, cela grâce à une exigence constitutionnelle de 30% , selon l’article 128 de la constitution en vigueur. Cependant, la participation des femmes au niveau local et dans les postes de décision reste limitée.
Signalons que le Burundi a rectifié différentes convention et lois en faveurs des femmes. Par exemple,le Burundi est signataire de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et a modifié certaines lois pour garantir les droits des femmes. La loi sur la violence basée sur le genre existe, mais Amnesty International a souligné en 2023 qu’elle nécessitait d’être renforcée pour être conforme aux normes internationales. Des normes socioculturelles discriminatoires persistent, notamment en ce qui concerne la propriété foncière et l’autorité parentale.
Conclusion
L’étude du Fraser Institute, en classant le Burundi à la 120ème position avec un GDI de 0.8235, reflète avec une certaine exactitude la situation actuelle du pays en termes de liberté économique des femmes. Les données complémentaires sur le Burundi confirment que, malgré des avancées législatives et une forte participation des femmes à la main-d’œuvre, des disparités importantes persistent dans l’accès aux ressources, les opportunités économiques, la participation aux décisions clés et la protection contre la violence.
La corrélation entre la faible liberté économique des femmes et des indicateurs de bien-être limités, comme suggéré par l’étude, est observable au Burundi. Le pays fait face à une pauvreté généralisée, soit 62% de la population en 2023, et les femmes sont disproportionnellement affectées, notamment dans l’agriculture de subsistance et l’emploi vulnérable. La persistance de normes patriarcales et le manque d’autonomie économique des femmes entravent leur pleine participation à la prospérité du pays.
Pour améliorer son score GDI et, plus important encore, le bien-être de ses citoyennes, le Burundi devrait continuer à renforcer les lois protégeant les droits des femmes, à œuvrer pour une application effective de ces lois, à promouvoir l’accès égal à l’éducation et aux opportunités économiques formelles, et à lutter contre les normes socioculturelles discriminatoires.
A propos de nous :
Institute for Economics and Enterprises est une Think Tank basé au Burundi qui une mission de produire une société basée sur les principes du libre marché, de l’Etat de droit et de la propriété privée.






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